Jouer (v. intr., tr. et pron., verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

v. intr., tr. et pron. 

XII e siècle, joer. Issu du latin jocari, « s'amuser ; plaisanter, badiner », puis « ».

I. V. intr.
1. Se livrer à quelque occupation divertissante ; se récréer par quelque amusement. Ces enfants se plaisent à ensemble. Ne sauriez-vous sans vous fâcher ? Il joue avec ses cousins. Jouer à se déguiser, à se cacher. Jouer avec un hochet, avec une balle. Expr. Le chat joue avec la souris, lorsqu'il feint à plusieurs reprises de la laisser échapper, pour la ressaisir aussitôt. Le cheval joue avec son mors, il le mâche. Fig. Jouer avec le feu, voir . Jouer avec sa vie, avec sa santé, n'user d'aucun ménagement pour conserver sa vie, sa santé, les exposer inutilement. Jouer avec la vie, ne pas la regarder comme une chose sérieuse, et agir en conséquence. Jouer avec les mots, sur les mots, les employer de manière à obtenir un effet insolite ou à créer une équivoque. Ne jouons pas sur les mots et parlons sérieusement. Par anal. Des reflets qui jouent sur l'eau, y produisent des reflets changeants, capricieux. Le vent jouait avec les rideaux. Sa main jouait dans sa chevelure.
2. Se divertir, s'occuper à tel ou tel jeu, pratiquer tel ou tel sport. Jouer au cerceau, à la poupée. Jouer à cache-cache, aux billes. Jouer aux échecs, aux cartes, aux dés. Jouer au tennis, au rugby. Jouer avec, contre quelqu'un, l'avoir pour partenaire, pour adversaire. Jouer deux contre deux. Il ne sait pas à ce jeu et, ellipt., Il ne sait pas . Se dit d'un enfant qui imite les adultes par manière de jeu. Jouer à la marchande. Jouer à la guerre. Spécialt. S'adonner aux jeux d'argent et de hasard. Jouer à la boule, à la roulette, au baccara. Jouer aux courses. Absolt. C'est un homme qui joue. Rien ne peut l'empêcher de . Une maison où l'on joue. Prov. Qui a joué a, on ne se défait pas de l'habitude, de la passion du jeu. Par ext. Jouer à la Bourse, spéculer sur la variation des valeurs mobilières . Jouer à la hausse, à la baisse. Jouer sur le cours de l'or, sur l'or, sur les matières premières. Expr. Ne que pour l'honneur ou, transt. (vieilli), ne que l'honneur, sans intéresser le jeu, sans parier d'argent. Jouer de bonheur, réussir dans une affaire où l'on avait à craindre d'échouer, avoir la chance pour soi ; on dit dans le sens opposé, Jouer de malheur, de malchance. En parlant de la manière dont on mène un jeu ou, fig., une affaire. Jouer au plus sûr, choisir de deux expédients celui où il y a le moins de risque, dont les inconvénients paraissent moins grands et le succès plus certain. Jouer à coup sûr, en s'étant assuré du succès des moyens qu'on emploie. Jouer serré, avec prudence, en calculant au plus près et, fig., en ne donnant aucune prise à son adversaire. Jouer au plus fin, au plus malin, rivaliser d'adresse, de finesse pour venir à bout de ses desseins. Jouer sur le velours, être d'avance assuré du succès. Jouer sur deux tableaux, sur les deux tableaux, prendre des assurances de part et d'autre. Jouer sur les deux tableaux est la plus sûre manière de perdre. Jouer à quitte ou double ou quitte ou double , Jouer à qui perd gagne , Jouer au chat et à la souris, voir .
3. Jouer de, se servir de, user de, en vue d'une certaine fin. Jouer de la serpe, de la faucille. Jouer du couteau, du révolver, en faire usage contre quelqu'un. Jouer des coudes, voir . Jouer des pieds, des mains, se démener pour se dégager. Fam. Jouer de la fourchette, manger avec avidité. Jouer des jambes ou, pop., des flûtes, s'enfuir en courant. Jouer de la prunelle, de l'œil, jeter des œillades, lancer des regards d'intelligence. Fig. Exploiter une situation, un sentiment, etc., pour en tirer quelque profit ; tirer parti de. Il sait de son infirmité. Jouer de son charme, de son ascendant. Jouer des incertitudes de l'opinion. Vous êtes trop scrupuleux, et il en joue. Spécialt. Se servir, selon les règles de l'art, d'un instrument de musique. Jouer du piano, de la harpe. Il joue de toutes sortes d'instruments. Absolt. Ce violoniste joue sur un Stradivarius. Jouer juste, faux. Expr. fig. et fam. Jouer sur la corde sensible, faire la corde sensible, voir .
4. Se mouvoir, agir, entrer en action, surtout en parlant des mécanismes. Ce ressort joue en sens inverse de l'autre. Étudier la manière dont les pièces d'une machine jouent entre elles. Faire le chien d'un fusil. Cette clef ne joue pas bien dans la serrure. Les muscles qui jouent sous la peau. En parlant des cascades, des jets d'eau qu'on lâche pour les faire couler ou jaillir. On fit les grandes eaux. Les eaux jouèrent tout le jour. Vieilli. En parlant d'une mine que l'on fait sauter, d'une pièce d'artillerie, d'un artifice que l'on fait partir, en y mettant le feu. Fig. Dans ce cas-là, la convention, le traité peut , peut produire son effet, être mis en œuvre . Faire ses influences, ses relations, employer le pouvoir, les relations dont on peut disposer. Spécialt. Prendre ou avoir du jeu, ne plus être ajusté ; se déformer, sous l'effet d'une dilatation ou d'un resserrement. Le bois de la porte a joué. Ce châssis a joué, il ne ferme plus. Par anal. . La brise a joué, elle a changé de direction rapidement. Un vaisseau qui joue sur son ancre, que le vent agite bien qu'il soit à l'ancre.

II. V. tr.
1. Se livrer à un jeu ou à un sport, avec une ou plusieurs personnes. Jouer une partie de bridge. Jouer une manche, un match, une finale. Jouer la revanche, la belle. Par méton. Jouer les prolongations, les arrêts de jeu, aux jeux de ballon, continuer de après le temps règlementaire, pour compenser diverses interruptions survenues au cours du jeu. Pron. passif. Le bridge se joue à quatre. Le rugby se joue à quinze ou à treize.
2. Utiliser au cours d'un jeu, employer dans les combinaisons du jeu. Jouer une carte, un as. Jouer la couleur demandée. Jouer cœur, carreau, produire une carte de cette couleur. Aux dames, aux échecs. Jouer un pion, une pièce, les déplacer d'une case à l'autre. Jouer un coup gagnant. Au tennis. Jouer une balle coupée. Absolt. Tirer au sort à qui a le premier. À vous de . Souffler n'est pas , voir . Expr. Jouer le jeu, en respectant les règles du jeu et, fig., se conformer aux usages, aux conventions, se montrer loyal. Jouer double jeu, franc jeu, voir . Jouer tel ou tel jeu, savoir bien le , avoir le goût et l'habitude d'y . Ellipt. Bien joué ! Mal joué ! le coup est réussi, est manqué. Fig. Jouer le jeu de quelqu'un, voir . C'est joué d'avance, l'issue est certaine. Tout n'est pas joué, le succès ou l'échec est encore possible. Jouer ses cartes, toutes ses cartes, sa dernière carte, carte sur table, voir . Jouer la carte de la prudence, de la conciliation, adopter cette ligne de conduite, tabler sur elle. Pron. passif. Une partie serrée s'est jouée entre les équipes ou, fig., entre les négociateurs. Tout s'est joué entre ces deux responsables.
3. Miser, hasarder au jeu. Jouer de fortes sommes. Jouer un petit jeu. Dès qu'il a quelque chose, il va le . Jouer mille francs sur un cheval. Par méton. et fam. Miser, parier sur. Jouer le rouge, le noir, pair, impair. Jouer un cheval. Fig. Il n'a pas joué le bon cheval, il s'est trompé dans son appréciation, ses prévisions. Expr. Jouer gros jeu, un jeu d'enfer, voir . Jouer son va-tout, le tout pour le tout et, fam., sa chemise, risquer tout, tenter sa dernière chance. Fig. Exposer, mettre en péril. Jouer sa réputation, sa vie. Dans cette affaire, il joue sa carrière, son avenir. Pron. passif. Les sommes qui se jouent dans les casinos. Fig. Son sort se joue dans cette affaire, sera décidé, fixé.
4. Exécuter un air, interpréter un morceau de musique sur un instrument, avec des instruments. Jouer une sonate au piano. L'orchestre joua une ouverture. Écoutez l'air que l'on joue. Jouer sa partie, exécuter sa partition dans une œuvre d'ensemble et, fig., sa tâche propre dans une entreprise collective. Par méton. Un orgue de Barbarie jouait une complainte. Par ext . La radio jouait une valse. Représenter une pièce de théâtre, ou tenir un rôle. Jouer une tragédie, une comédie. On joue « Phèdre » à tel théâtre et, par ext., on joue un nouveau film à tel cinéma. Quel personnage joue-t-il ? Cet acteur a joué le rôle d'Oreste, a joué Oreste. Jouer les amoureux, les ingénues, les pères nobles, tenir habituellement cet emploi. Jouer les utilités, tenir un rôle de peu d'importance. Absolt. Ce comédien, ce musicien joue fort bien. C'est la première fois qu'il joue, qu'il se produit devant le public. Cet acteur a cessé de . Jouer dans un film. Pron. passif. La pièce se joue à guichets fermés, toute la salle ou toutes les places sont louées d'avance. Par méton. Jouer la douleur, la surprise, le remords, simuler ces sentiments. Un étonnement, un désespoir bien joué, mal joué. Expr. Jouer la comédie, exercer la profession de comédien (on dit plutôt aujourd'hui Faire du théâtre ) et, fig., feindre des sentiments qu'on n'a pas, adopter tel ou tel comportement pour tromper. Vous le croyez affligé, il joue la comédie. Fig. Jouer un personnage, vouloir se faire passer pour autre que ce que l'on est. Jouer l'homme d'importance, les naïfs. Jouer l'étonné, l'innocent. Jouer les malades. Jouer les durs (pop.). Jouer la fille de l'air (fam.) , s'évader, disparaître. Jouer tel ou tel rôle, figurer dans quelque affaire en telle ou telle qualité, ordinairement pour faire ou faciliter quelque tromperie. Dans ce prétendu marché, il a joué le rôle de vendeur. Il vit bien qu'il jouait le rôle de dupe. On dit dans le même sens : Il a joué un mauvais personnage, ou : On lui a fait un sot personnage . Loc. fig. Jouer un rôle, son rôle, prendre part à une affaire, avoir part à un évènement. L'armée joua un rôle dans cette révolution. Il a joué un rôle, un grand rôle dans la négociation. Le Parlement aura son rôle à . Par ext. Le rôle que joue la mémoire dans les opérations de l'entendement. Cette découverte a joué un rôle capital dans l'histoire de l'humanité.
5. Jouer des tours, exécuter des exercices d'acrobatie, de jonglerie, de cartes, de passe-passe, etc. Fig. Jouer un tour à quelqu'un, l'abuser, ou agir de manière à le tourner en dérision. Jouer un mauvais tour, un bon tour. Il m'a joué un tour de sa façon. Cela vous a un mauvais tour, vous nuira, vous sera préjudiciable. Sa naïveté lui a, lui a joué de mauvais tours. Expr. Le tour est joué, la ruse a réussi ; se dit par extension de ce qui est accompli, mené à bien habilement et rapidement.
6. Jouer quelqu'un, le railler, le tourner en ridicule sur la scène. C'est Untel qu'on a joué dans cette pièce, sous un nom emprunté. Se dit plus généralement pour Tromper, abuser quelqu'un. Il le joue depuis des mois, en lui faisant espérer cet emploi. Nous avons été joués. Expr. empruntée au jeu de paume. Jouer quelqu'un par-dessus ou par-dessous la jambe, voir .

III. V. pron.
1. Se divertir, s'ébattre. Des oiseaux qui se jouent dans le feuillage. Poét. Un ruisseau qui semble se dans la prairie. Un rayon de soleil qui se joue dans les arbres. En parlant de personnes, ne s'emploie plus qu'au figuré. Faire quelque chose en se jouant, comme en s'amusant, sans application ni peine. Cette tâche aurait paru délicate à tout autre, il l'a faite en se jouant.
2. Se de quelque chose, surmonter sans peine et comme par jeu ce qui, pour d'autres, semble malaisé, dangereux, etc. Il se joue de toutes les difficultés, de tous les obstacles. Se dit aussi d'une personne qui regarde quelque chose comme négligeable, qui n'en fait point de cas. Se des lois, des règlements. C'est un homme sans foi qui se joue de ses engagements. Fig. La nature semble quelquefois se de la science. La fortune se joue des hommes, de la vie des hommes, dispose des hommes selon son caprice.
3. Se de quelqu'un, se moquer de lui, le railler adroitement, ou le tromper dans ses projets en lui donnant de belles paroles. Ne voyez-vous pas qu'on se joue de vous ? Il m'a longtemps fait des promesses, donné des espérances, mais il se jouait de moi. Vieilli. Ne vous jouez pas à cela, ne vous y jouez pas, ne soyez pas assez inconscient, assez téméraire pour faire cela, vous vous en repentiriez.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Se recréer, se divertir à quelque amusement. "Ces enfants jouent ensemble. Menez-les . Ne sauriez-vous sans vous fâcher? Ne jouez pas avec ce revolver, il est chargé."
SE JOUER s'emploie quelquefois dans le même sens. "Des oiseaux qui se jouent dans le feuillage." Il se dit quelquefois, poétiquement, des Choses. "Un ruisseau qui semble se , qui se joue dans la prairie. Un rayon de soleil qui se joue dans les arbres."
"Faire quelque chose en se jouant," Faire quelque chose en s'amusant, sans application et sans peine. "Cette tâche aurait paru difficile à tout autre, il l'a faite en se jouant."
Fig., "Jouer avec sa vie, avec sa santé, etc.," N'user d'aucun ménagement pour conserver sa vie, sa santé, etc. On dit aussi quelquefois "Jouer avec la vie," Ne point la regarder comme une chose sérieuse et agir en conséquence.
"Ce cheval joue avec son mors," se dit d'un Cheval qui mâche son mors.
"Jouer sur le mot, sur les mots," Faire des allusions, des équivoques sur les mots. "Il aime à sur le mot. Ne jouons pas sur les mots et parlons sérieusement."
JOUER signifie quelquefois Exploiter une situation, un sentiment, une idée pour en tirer parti. "Jouer d'une blessure, d'une infirmité, d'un mal. Jouer de l'idée de patrie."
Fig. et fam., "Se à quelqu'un," L'attaquer inconsidérément. "Ne vous jouez pas à lui, il n'entend pas raillerie." On dit aussi "Ne vous jouez pas à cela, ne vous y jouez pas," Ne soyez pas assez fou, assez téméraire pour faire cela, vous vous en repentiriez.
JOUER signifie aussi Se divertir, s'occuper à un jeu quelconque. "Jouer aux échecs, au trictrac, aux boules, aux cartes, aux dés. Jouer" "aux barres, au tennis. Jouer avec quelqu'un. Jouer contre quelqu'un. Jouer deux contre deux. Tirer au sort à qui a le premier." Absolument, "Il ne sait pas ."
Il se dit quelquefois absolument en parlant de l'Habitude de à des jeux de commerce ou de hasard, et se prend ordinairement dans un sens défavorable. "C'est un homme qui joue. Il commence à se ranger, il ne joue plus. Rien ne peut l'empêcher de . C'est une maison où l'on joue."
Dans ce sens, il s'emploie souvent, par extension, pour désigner la Spéculation. "Jouer à la Bourse. Jouer à la hausse, à la baisse. Jouer sur la Rente. Jouer sur les cafés, sur les grains. Jouer aux courses."
Fam. et en plaisantant, "Ne que pour l'honneur," ou, transitivement, "Ne que l'honneur," Jouer sans intéresser le jeu.
Fig. et fam., "Jouer au plus sûr," Choisir de deux expédients celui où il y a le moins de risque, dont les inconvénients paraissent moins grands et le succès plus certain. "Jouer à coup sûr," Être certain du succès des moyens qu'on emploie dans une affaire.
Fig. et fam., "Jouer au fin, au plus fin," Employer l'adresse, la finesse pour venir à bout de ses desseins.
Fig. et fam., "Jouer de bonheur," Réussir dans une affaire où l'on avait à craindre d'échouer. On dit surtout, dans le sens contraire, "Jouer de malheur."
Fig. et fam., "Jouer à quitte ou double," ou "Jouer quitte ou double," Risquer, hasarder tout, pour se tirer d'une mauvaise affaire.
Fig. et fam., "Jouer à qui perd gagne," se dit Lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel.
JOUER s'emploie aussi, à certains jeux de Cartes, avec le nom de la couleur dans laquelle on joue. "Jouer en carreau, en coeur, en trèfle, etc." On dit aujourd'hui plus fréquemment et transitivement (Voir plus loin) : "Jouer carreau, coeur."
JOUER signifie encore Se servir de l'instrument qui est nécessaire pour à tel ou tel jeu. "Jouer avec une bonne raquette."
"Jouer du couteau, du revolver," S'attaquer au couteau, au revolver. "Ce sont des vauriens qui, pour la moindre querelle, jouent du couteau."
Fig. et pop., "Jouer des jambes," Courir. On le dit surtout d'une Personne qui s'enfuit. "Il se mit aussitôt à des jambes."
Fig. et fam., "Jouer de la prunelle," Jeter des oeillades, faire quelques signes des yeux. Il se dit ordinairement en parlant des Signes qu'un homme et une femme se font l'un à l'autre, quand ils sont d'intelligence.
Fam., "Jouer des coudes, des pieds, des mains," Se démener pour sortir d'une foule. Figurément, ces expressions signifient Se faire une place par tous les moyens.
JOUER signifie, par extension, Se servir d'un instrument de musique, en tirer des sons. "Jouer du violon, de la harpe, de la flûte, du hautbois, du piano, de l'orgue, etc. Il joue de toutes sortes d'instruments."
Il signifie, par analogie, en termes d'Arts, Se mouvoir, agir d'une certaine façon, avoir l'aisance et la faculté du mouvement. En ce sens, il se dit surtout des Ressorts, des machines, etc. "Ce ressort joue en sens inverse de l'autre. Expliquez-moi la manière dont les pièces de la machine jouent entre elles. Ce ressort joue bien, ne joue point. Cette serrure ne joue pas bien. Faites en sorte que la clef joue mieux dans cette serrure. Cet os joue imparfaitement dans l'emboîture. Ce bois joue," Ce bois se resserre ou se dilate.
Fig.," Faire toutes sortes d'influences," Employer tout son pouvoir, tous les moyens dont on peut disposer.
JOUER se dit aussi des Cascades, des jets d'eau, etc., qu'on lâche pour les faire couler ou jaillir. "On fit les grandes eaux. Les eaux jouèrent tout le jour."
Il se dit encore d'une Mine que l'on fait sauter, d'une pièce d'artillerie, d'un artifice que l'on fait partir, en y mettant le feu. "Faites la mine, le canon. Faites les pétards." On dit, dans un sens analogue, "Faire une pompe," La faire aller.
Il se dit aussi, dans cette acception, des Choses morales. "Dans ce cas-là, la convention peut . Le traité joue."
JOUER s'emploie aussi transitivement et signifie Se livrer à tel ou tel jeu, avec une ou plusieurs personnes. "Jouer une partie de boston. Jouer le piquet. Jouer une partie de tric- trac."
En termes de jeu de Paume, "Jouer une balle", Pousser une balle.
"Jouer une carte", Jeter une carte. "Jouer coeur, carreau, etc.," Jouer une carte de ces couleurs.
"Jouer le jeu", Jouer suivant les règles du jeu. "Vous ne jouez pas le jeu."
Fig. et fam., "Jouer bien son jeu," Se comporter adroitement en quelque affaire, savoir bien dissimuler pour arriver à ses fins. "Il a bien joué son jeu."
"Jouer un jeu," Le savoir bien , le par préférence, être dans l'usage, dans l'habitude de le . "Quel jeu jouez-vous? est-ce le boston? est-ce le piquet?"
JOUER, , se dit aussi en parlant de Ce que l'on hasarde au jeu. "Jouer gros jeu. Jouer un petit jeu. Jouer deux louis sur une carte. Jouer tant à la partie. Nous ne jouons que dix sous. C'est un homme qui joue tout. Dès qu'il a quelque chose, il va le . Jouer un jeu d'enfer." Voyez ENFER.
Fam., "Il ait jusqu'à sa chemise," Il ait tout ce qu'il a.
Fig. et fam., "Jouer gros jeu", S'engager dans une affaire où l'on hasarde beaucoup pour sa réputation, pour sa fortune, pour sa vie.
Fig.," Jouer sa vie," S'exposer témérairement.
Fig., "Jouer quelqu'un," Le tromper, l'abuser. "Il le joue depuis trois ans, en lui faisant espérer cet emploi. Je vois que l'on m'a joué, que je suis joué. Il avait quelque dépit de se voir joué."
On dit également "Jouer quelqu'un par-dessous jambe, par-dessous la jambe." Ces expressions sont empruntées au jeu de Paume.
On dit aussi pronominalement "Se de quelqu'un, de quelque chose," dans le sens de Regarder quelqu'un ou quelque chose comme négligeable, témoigner qu'on n'en fait point de cas. "La fortune se joue des hommes. C'est un homme sans foi, il se joue de ses engagements. Il ne faut pas se ainsi des lois. La nature semble quelquefois se de la science. Se de la vie des hommes."
"Se de quelqu'un" signifie particulièrement Se moquer de lui, le railler adroitement. "Ne voyez-vous pas qu'on se joue de vous? Penserait-il se de moi?" On dit dans un sens analogue "Ce chat se joue de la souris qu'il a prise, ce tigre se joue de sa proie, etc.," lorsqu'il feint à plusieurs reprises de la laisser échapper, pour la ressaisir aussitôt. On dit plus ordinairement aujourd'hui "Ce chat joue avec la souris." Il signifie aussi Tromper quelqu'un en lui donnant de belles paroles. "Il m'a longtemps fait des promesses, donné des espérances, il se jouait de moi."
Fig. et fam., "Jouer un tour à quelqu'un," Lui faire un tour ou malin ou méchant. "Il a voulu me un tour auprès d'un tel." On dit aussi "Jouer un tour de son métier" et, plus souvent, "Jouer un tour de sa façon."
JOUER, , signifie en outre Exécuter un air, un morceau de musique sur un instrument, avec des instruments. "Jouer une ouverture à grand orchestre. Jouer un air sur le violon, sur le piano, etc. Écoutez l'air qu'on joue."
Il signifie encore Représenter, et se dit en parlant soit de la Pièce de théâtre qu'on représente, soit du Personnage qu'on est chargé d'y représenter. "Jouer une comédie, une tragédie, une farce. Jouer un personnage, un rôle. Jouer les amoureux, les pères nobles, les ingénues, etc. On a joué Andromaque. Un tel a joué le rôle d'Oreste, a joué Oreste." Absolument, "Ce comédien joue fort bien. C'est la première fois qu'il joue."
On dit ironiquement dans le sens de Railler quelqu'un, le tourner en ridicule sur le théâtre : "C'est un tel qu'on a joué dans cette pièce, sous un nom emprunté. Molière a joué les faux dévots."
"Jouer la comédie," Exercer la profession de comédien. On dit plutôt aujourd'hui FAIRE DU THÉÂTRE.
Absolument, "Cet acteur a cessé de ." Il signifie, par extension, Faire des actions plaisantes pour exciter à rire; et, figurément, Feindre des sentiments qu'on n'a pas, "Vous le croyez affligé, il joue la comédie."
Fig., "Jouer la douleur, la surprise, etc.; l'affligé, l'homme d'importance, etc.," Feindre d'être affligé, d'être surpris, d'être un homme d'importance, etc.
Par extension, "Jouer tel rôle," Figurer dans quelque affaire en telle ou telle qualité, ordinairement pour faire ou pour faciliter quelque tromperie. "Dans ce prétendu marché, il joua le rôle de vendeur."
Fig., "Jouer un rôle," Figurer dans quelque affaire, dans certains événements, y prendre part, soit à son avantage, soit d'une manière fâcheuse, avilissante, etc. "Il vit bien qu'il jouait le rôle de dupe. Il a joué là un bien vilain rôle. L'armée joua un rôle dans cette révolution. Il joua un grand rôle dans ces événements." On le dit quelquefois de Choses personnifiées. "Le rôle que joue la mémoire dans les opérations de l'entendement." On dit aussi, mais seulement en parlant des Personnes, "Jouer un mauvais personnage, un sot personnage, etc."
"Jouer un grand rôle" signifie quelquefois, plus particulièrement, Faire une grande figure, occuper une grande place dans l'État. On dit, par opposition, "Jouer un personnage."
JOUER se dit encore d'une Chose qui en imite une autre, qui en a l'apparence. "Ce papier joue le velours. Cette étoffe joue la soie. Cette composition joue le diamant."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   V. n. Se livrer à un amusement. Ne jouez pas avec ce pistolet, il est chargé. Cet enfant est allé chez son petit camarade.
FÉN.: « Laissez donc un enfant et mêlez l'instruction avec le jeu »
    Fig. Envoyer , ne pas écouter quelqu'un.
LAFONT.: « Le galant donc.... vous investit Lucrèce, Qui ne manqua de faire la tigresse à l'ordinaire, et l'envoyer »
    Ce cheval joue avec son mors, il mâche son mors avec action.

 2   Plaisanter, badiner.
RETZ: « Il ne faut point avec ceux qui ont en main l'autorité royale »
SÉV.: « Il est vrai que saint Augustin l'aime trop [Paulin de Nole], et joue et subtilise sur l'amitié d'une manière qui pourrait ne pas plaire »
MARIV.: « Non pas, marquise ; il n'y avait pas moyen de là-dessus ; car il vous enveloppait dans ses soupçons »
    Jouer sur le mot ou sur les mots, faire des allusions, des équivoques sur les mots.
BOILEAU: « Ce n'est pas quelquefois qu'une muse un peu fine Sur un mot en passant ne joue et ne badine »
STAËL: « Il jouait avec les mots, avec les phrases d'une façon très ingénieuse »
    Fig. Jouer avec sa vie, avec sa santé, ne pas ménager sa vie, sa santé.
    Jouer avec la vie, ne point la regarder comme une chose sérieuse et agir en conséquence.
VOLT.: « Il faut avec la vie jusqu'au dernier moment »

 3   Se divertir à un jeu quelconque. Jouer à colin-maillard, à la main chaude, aux échecs, au trictrac, à la boule, etc. Jouer avec quelqu'un, contre quelqu'un.
SÉV.: « D'abord ils ont joué au volant ; Mme de Chaulnes joue comme vous »
SÉV.: « Nous jouions au reversis quand les lettres arrivèrent »
HAMILT.: « Il [Mazarin] aimait naturellement le jeu ; mais il ne jouait que pour s'enrichir, et trompait tant qu'il pouvait pour gagner »
DANCOURT: « Je ne vous conseille pas de de moitié avec moi ; je vous ferais perdre infailliblement »
    Jouer à quitte ou double, ou quitte ou double, une dernière partie par laquelle on sera acquitté de ce qu'on devait ou bien l'on devra une somme double.
    Fig. Jouer quitte ou double, risquer, hasarder tout, pour se tirer d'une mauvaise affaire.
    Jouer de son reste, de ce qu'on a encore d'argent.
    Fig. Jouer de son reste, achever de consumer son bien.
LESAGE: « J'étais en train de de mon reste, lorsque, par le plus grand bonheur du monde, je suis tout à coup devenu sage »
    Jouer de son reste, signifie encore prendre un moyen extrême après lequel on n'a plus de ressource.
MOL.: « Toute femme qui veut à l'honneur se vouer, Doit se défendre de , Comme d'une chose funeste ; Car le jeu fort décevant Pousse une femme fort souvent à de tout son reste »
    Enfin, de son reste signifie user des dernières ressources, user de quelque chose qui va finir. Ce ministre qui est menacé, joue de son reste : il case ses amis.
SÉV.: « Je m'en vais d'Orléans de mon reste, et me mêler de vous dire encore des nouvelles : vous devinerez les auteurs »
VOLT.: « Les commis des fermes, ayant déjà entendu parler des bienfaits qu'on nous fait espérer, nous font les plus horribles avanies ; ils jouent de leur reste »
    Jouer à cul levé, chacun à son tour, le premier perdant cédant sa place à un autre, et ainsi de suite.
    Fig. Jouer à boute-hors, supplanter.
    Jouer à qui perd gagne, aux dames une sorte de partie où celui-là gagne qui fait prendre le premier toutes ses dames.
    Fig. et familièrement. Jouer à qui perd gagne, se dit lorsqu'un désavantage apparent produit un avantage réel.
    À certains jeux de cartes, faire , nommer la couleur dans laquelle le coup doit être joué. C'est lui qui fait .
    Jouer sans prendre, ou, simplement, ; et faire sans prendre, ou, simplement, faire , signifie obliger l'adversaire à sans écarter et sans prendre de nouvelles cartes.
    Au quadrille et au tri, sans prendre, sans demander le roi.
    Au jeu de la bête ombrée, sans prendre, faire les levées nécessaires pour gagner sans avoir écarté.
    Jouer se dit particulièrement au jeu de la bête, pour déclarer que l'on s'engage à faire les levées nécessaires pour gagner ce qui va sur le coup, ou à faire la bête.
    Substantivement. Dans cette phrase, usitée à la bouillotte : ouvrir le , proposer une somme quelconque aux autres joueurs.
    Au jeu du mail, au grand coup, à qui poussera le mail le plus loin.
    Ne que pour l'honneur, ou, activement, ne que l'honneur, sans intéresser le jeu.
    Jouer serré, avec prudence et en évitant soigneusement de rien hasarder ; et fig. ne donner aucune prise à l'adversaire dans une discussion, dans une affaire.
BEAUMARCHAIS: « Voyons venir, et jouons serré »
    Jouer de malheur, avec malheur, n'avoir point de chance au jeu.
SÉV.: « Vous jouez d'un malheur insupportable, vous perdez toujours »
    Fig.
SÉV.: « Je trouvai hier Choiseul avec son cordon, il est fort bien ; ce serait de malheur de n'en pas rencontrer présentement cinq ou six tous les jours »
    On dit, dans le sens contraire, de bonheur.
LA BRUY.: « Il faut convenir que nous jouons d'un grand bonheur »
    Fig. Jouer à jeu sûr, être certain du succès des moyens qu'on emploie dans une affaire.
    Jouer au plus sûr, choisir de deux expédients celui où il y a le moins de risque.
MOL.: « ....Pour au plus sûr, Il faut me l'amener en un lieu plus obscur »
    Fig. Jouer au fin, au plus fin, employer l'adresse, la finesse pour venir à bout de ses desseins.
    Fig. Jouer à, se mettre en danger de.
SÉV.: « Ma belle-fille.... fut assez hardie pour passer une fort grande eau sur un cheval qui nagea plusieurs pas.... elle jouait à se noyer »
SÉV.: « Il est certain qu'il a joué à nous brouiller ensemble »

 4   Absolument. Avoir l'habitude de de l'argent.
MOL.: « C'est que je joue ; et, comme je suis fort heureux, je mets sur moi tout l'argent que je gagne »
BOILEAU: « Elle plaint le malheur de la nature humaine Qui veut qu'en un sommeil où tout s'ensevelit Tant d'heures sans se consument au lit »
BOILEAU: « Il vaut mieux s'occuper à qu'à médire »
REGNARD: « ....Autour d'un tapis vert, Dans un maudit brelan ton maître joue et perd »
REGNARD: « Je reviens aujourd'hui de mon égarement, Et ne veux plus , mon père, absolument »
REGNARD: « J'aime, je bois, je joue, et ne vois en cela Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là »
    Donner à , recevoir chez soi des joueurs. On ne donne plus à dans cette maison.
VOLT.: « Il vaut mieux une tragédie que de donner à à des jeux de hasard ruineux »
    Il ait les pieds dans l'eau, se dit d'un joueur déterminé.

 5   Il s'emploie avec le nom de la monnaie qu'on met sur jeu.
     Dict. de l'Académie: Jouer aux écus
    Jouer au dernier écu, jusqu'à risquer le dernier écu qui reste dans la poche ; et fig. tout risquer.
MIRABEAU: « Nous avons entendu un de nos orateurs vous proposer, si l'Angleterre faisait à l'Espagne une guerre injuste, de franchir sur-le-champ les mers, et de dans Londres même, avec ces fiers Anglais, au dernier écu, au dernier homme »

 6   Se servir de l'instrument nécessaire pour à tel ou tel jeu. Jouer du battoir, au battoir. Jouer avec une raquette. Jouer de masse.
    Jouer des gobelets, faire des tours de passe-passe avec des gobelets ; et fig. chercher à duper ceux avec qui on traite.
    Jouer des mains, badiner avec les mains, se donner des coups l'un à l'autre avec les mains.
    Jouer des mains, se dit aussi pour se battre tout de bon.
SCARRON: « Ou s'il faudra des mains Avec des peuples inhumains »
    Populairement. Jouer des mains, filouter.
    On dit dans le même sens : de la griffe.
LESAGE: « Une grosse troupe d'archers, qui me menèrent en prison, après avoir joué de la griffe chez moi et raflé mes meilleurs effets Fig. Jouer d'adresse, user d'habileté, de ruse. »
CORN.: « Il faut d'adresse »
MOL.: « Ma foi, il n'est que de d'adresse en ce monde »
BOILEAU: « Voilà d'adresse et médire avec art »
    On dit de même : d'industrie.
MARIVAUX: « Agathe avait le bras et la main passables, et je remarquai que la friponne jouait d'industrie pour les mettre en vue le plus qu'elle pouvait »
    Fig. et populairement. Jouer des jambes, courir, et surtout s'enfuir. Il se mit aussitôt à des jambes.
    Jouer des mâchoires, voy. MÂCHOIRE.
    Fig. et populairement. Jouer de la poche, tirer de l'argent de sa poche pour payer.
    Jouer du pouce, faire une dépense, payer ce qui est dû.
    Jouer de la prunelle, parler des yeux, langage dont se servent deux personnes qui ne peuvent se dire ce qu'elles ont à se dire, et surtout un homme et une femme qui se font des signes d'intelligence.
MOL.: « Rouge, tout interdit, jouant de la prunelle »
MARIV.: « Agathe trouva plus de dix fois le moment de de la prunelle sur moi d'une manière très flatteuse »

 7   Se servir d'un instrument quelconque.
TH. CORN.: « Si tu ne le dis pas, je ai de la dague »
BOISSY: « À faire des noeuds, à tourner votre rouet pour tout amusement, et à de l'éventail pour toute conversation »
    Jouer de l'espadon, du bâton à deux bouts, etc. les manier avec adresse.
    Jouer du drapeau, le faire voltiger avec adresse.
    Fig. et populairement. Jouer des couteaux, se battre à l'épée.
SCARR.: « Taureaux, j'en suis ; je veux y des couteaux, Et donner au public, sans crainte de leurs cornes, Échantillon sanglant de ma valeur sans bornes »

 8   Se servir d'un instrument de musique, en tirer des sons. Jouer du violon, de la harpe, de la flûte, du hautbois, etc.
LA BRUY.: « Écrire par jeu, par oisiveté, et comme Tityre siffle ou joue de la flûte »
    Aujourd'hui, se dit de toute espèce d'instruments ; autrefois il y avait un verbe particulier pour chaque instrument, on disait : toucher du piano ou de l'orgue, pincer de la harpe ou de la guitare, donner du cor, sonner de la trompette, etc.

 9   Se mouvoir, agir d'une certaine façon, en parlant des ressorts, des machines. Ce ressort joue en sens inverse de l'autre. Les pièces de cette machine jouent mal entre elles.
    Fig. Faire toutes sortes de ressorts, employer tout son pouvoir, tous les moyens dont on peut disposer.
VOLT.: « Les ressorts secrets qu'il fallut faire , pour amasser de quoi fournir à cette dépense, étaient plus humiliants que l'ambassade n'était pompeuse »
    On dit dans un sens analogue : faire l'intrigue, les intrigues.
D'ALEMBERT: « Votre Majesté, qui a eu la bonté de me marquer la satisfaction de ma nouvelle et très mince dignité de secrétaire de l'Académie française, ne peut pas s'imaginer toutes les intrigues qu'on a fait pour m'en écarter »
    Faire les intérêts, les passions, les mettre en jeu.
BOSSUET: « L'homme injuste, qui met tout en oeuvre, qui entre dans tous les desseins, qui fait les passions et les intérêts, ces deux grands ressorts de la vie humaine »

 10   Avoir un mouvement libre, facile. Cette serrure ne joue pas.
STAËL: « L'illusion si favorable au Panthéon vient, à ce qu'on assure, de ce qu'il y a plus d'espace entre les colonnes, et que l'air joue librement autour »
    Terme de marine. Le vaisseau joue sur son ancre, quand il est agité par le vent et en même temps retenu par son ancre. Le gouvernail joue quand il est en mouvement. Le vent est dit lorsqu'il varie souvent et rapidement. Une pièce joue quand elle est mal consolidée.

 11   En termes de charpente, de menuiserie et d'ébénisterie, le bois joue quand, par suite de dilatations ou de contractions, un assemblage se dérange.

 12   En termes de jardinage, on dit qu'une plante joue quand, grâce au vent ou aux insectes, les fleurs en sont fécondées par le pollen d'autres variétés, ce qui la rend hybride et lui ôte son caractère de pureté. Ces pensées ont joué. Avec tant de variétés à côté les unes des autres, vos potirons ont.

 13   Jouer, en parlant des cascades, des jets d'eau, etc. qu'on fait jaillir.
SAINT-SIMON: « Le roi ordonna à d'Antin de lui faire voir [à l'électeur de Bavière] les jardins de Marly, et d'y faire les eaux »
    Autrefois, se disait activement en ce sens. On joua les eaux.
    Lancer de l'eau. Faire les pompes. Les pompes jouent.

 14   Faire explosion. La mine, le fourneau joua. Quand le canon eut joué. Faire une mine.
VOLT.: « Des matelots, dans une de leurs réjouissances, s'approchèrent dans des barques sous le môle, dont l'artillerie devait les foudroyer ; elle ne joua point »
    Fig.
LA BRUY.: « On fait sa brigue pour parvenir à un grand poste.... l'amorce est déjà conduite, et la mine prête à »

 15   Jouer se dit des couleurs qui ont différentes nuances.
BUFF.: « Cet oiseau [le mainate] n'est guère plus gros qu'un merle ordinaire, son plumage est noir partout, mais d'un noir plus lustré sur la partie supérieure du corps, sur la gorge, les ailes, la queue, et dont les reflets jouent entre le vert et le violet »

 16   V. a. Exécuter les différentes combinaisons d'un jeu, d'une partie, d'un coup. Jouer tous les jeux. Jouer une partie de piquet. Jouer un coup habilement.
    À la paume, une balle, pousser une balle.
    Aux échecs, une pièce, la mettre à une autre case ; aux dames, une dame, la pousser d'une case à une autre.
    Jouer une carte, jeter une carte. Jouer coeur, carreau, etc. une carte de ces couleurs.
    En ce sens, il s'emploie neutralement aussi. Jouer en carreau, en coeur, en pique.
    Au piquet, bien les cartes, tirer tout le parti possible de ses cartes. Il écarte bien, mais il joue mal les cartes.
    Au jeu de trictrac. Jouer son coup, avancer deux dames du nombre des points donnés par chaque dé, ou une seule dame de la somme de ces points.
    Jouer le jeu, suivant les règles du jeu. Vous ne jouez pas le jeu.
    Fig. Jouer bien son jeu, se comporter adroitement en quelque affaire, savoir bien dissimuler pour arriver à ses fins. Il a bien joué son jeu.
    Jouer un jeu, le savoir bien , le par préférence, être dans l'usage, dans l'habitude de le .
LA BRUY.: « Quel jeu jouez-vous ? est-ce le whist ? Ne faut-il ni prévoyance, ni finesse, ni habileté, pour l'hombre ou les échecs ? »

 17   Hasarder au jeu. Il joua et perdit cent écus dans cette soirée.
PASCAL: « Tel homme passe sa vie sans ennui, en jouant tous les jours peu de chose ; donnez lui tous les matins l'argent qu'il peut gagner chaque jour, à la charge qu'il ne joue point : vous le rendrez malheureux »
SÉV.: « Il me prit envie de la [une jolie lanterne] pour vingt pistoles, si je trouve des femmes assez folles pour cela »
BUFF.: « Si deux hommes s'avisaient de tout leur bien, quel serait l'effet de leur convention ? l'un ne ferait que doubler sa fortune, et l'autre réduirait la sienne à zéro ; et quelle proportion y a-t-il ici entre la perte et le gain ? »
    Familièrement. Il ait jusqu'à sa chemise, c'est un joueur effréné.
    Jouer gros jeu, voy. JEU.
    On dit dans le même sens : grand jeu.
LA BRUY.: « Je ne permets à personne d'être fripon, mais je permets à un fripon de un grand jeu : je le défends à un honnête homme »
    Au jeu de la bouillotte, le tapis, la passe quand il ne reste plus de prises.
    Fig. Jouer sa vie, s'exposer témérairement.

 18   Jouer quelqu'un, avec quelqu'un (uniquement en parlant des jeux de paume et de volant). Je l'ai joué du battoir. Il me gagne toujours, quoiqu'il me joue par-dessous la jambe, par-dessous jambe.
    Fig. et familièrement. Jouer quelqu'un par-dessous jambe, par-dessous la jambe, avoir facilement le dessus.
MOL.: « Je les aurais joués tous deux par-dessous la jambe »
    Fig. Jouer quelqu'un, le tromper, l'abuser.
CORN.: « Il voit quand on le joue et quand on dissimule »
MOL.: « Mettez, pour me , vos flûtes mieux d'accord »
BOILEAU: « Qu'à son gré désormais la fortune me joue ; On me verra dormir au branle de sa roue »
BOILEAU: « Tel vous semble applaudir qui vous raille et vous joue »
RAC.: « Mais d'un soin si cruel la fortune me joue.... »
ROLLIN: « Les députés reconnurent qu'Alcibiade les avait joués »
    Jouer les deux, tromper deux personnes ou deux partis qui ont des intérêts opposés, en faisant semblant de les servir l'un contre l'autre.
    Rendre vain, inutile, en parlant des choses.
MOL.: « Ici vous avez joué mes accusations, ébloui vos parents, et plâtré vos malversations »

 19   Exécuter un air, un morceau de musique sur un instrument, avec des instruments. Jouer une ouverture à grand orchestre. Jouer une contredanse. Jouer un air sur le violon, sur le piano, etc.
MOL.: « Avant que de chanter, il faut que je prélude un peu, et joue quelque pièce, afin de mieux prendre mon ton »
    Absolument. Ce violoniste joue bien.

 20   Représenter une pièce de théâtre. Jouer une tragédie, une comédie, un drame, un opéra. On a joué Andromaque de Racine. On a le Tartuffe de Molière.
MOL.: « Vous jouez une pièce nouvelle aujourd'hui »
VOLT.: « On a joué à Londres une traduction de Tancrède avec un très grand succès ; la pièce m'a paru fort bien écrite »
    Fig.
BOSSUET: « On se voit soi-même dans ceux qui nous paraissent comme transportés par de semblables objets ; on devient bientôt un acteur secret dans la tragédie, on y joue sa propre passion Absolument. Ce comédien joue fort bien. »
MOL.: « Nous ne savons pas nos rôles ; et c'est nous faire enrager vous-même, que de nous obliger à de la sorte »
MOL.: « Jouez-vous tous deux aujourd'hui ? »
    Fig. Jouer une pièce, un tour, un parti à quelqu'un, lui faire un tour ou malin ou méchant.
CORN.: « L'infâme et lâche tour qu'un prince m'a joué »
LA FONT.: « Même on lui dit qu'il a, s'il est sage, à ces gens-là quelque méchant parti »
MOL.: « Et tu m'oses de ces diables de tours ? »
BRUEYS: « Sans lui, tu te serais mal trouvé de m'avoir joué cette pièce »
    En ce sens, on emploie aussi neutralement . Jouer d'un tour à quelqu'un, lui en d'une, lui en d'une bonne, faire subir à quelqu'un quelque mécompte, quelque mortification.
LA FONT.: « Mais assemblons tous les rats d'alentour ; Je lui pourrai d'un mauvais tour [au chat] »
MOL.: « On veut à mon honneur d'un mauvais tour »
MOL.: « Ce bon apôtre Qui m'en veut donner d'une et m'en d'une autre »
MOL.: « Que mon maître couvert de gloire Me joue ici d'un vilain tour ! »
REGNARD: « La fortune m'a bien joué d'un autre tour »
VOLT.: « En voici bien d'une autre, monseigneur, le tripot m'a joué d'un mauvais tour »
P. L. COUR.: « Leurs excellences européennes veulent, dit-on, se couper la gorge ; l'Anglais défie l'Allemand ; celui-ci plus rusé lui joue d'un tour de diplomate »
    Fig. Jouer un vilain tour, avec un nom de chose pour sujet, être funeste. Cela pourrait vous un vilain tour.

 21   Jouer la comédie, exercer la profession de comédien.
    Absolument. Cet acteur a cessé de .
    Par extension. Jouer la comédie, faire des actions plaisantes pour exciter à rire.
MOL.: « Est-ce que nous jouons ici une comédie ? - Non, Monsieur, nous ne jouons pas »
    Fig. Jouer la comédie, feindre des sentiments qu'on n'a pas, chercher à paraître ce qu'on n'est pas réellement. Vous le croyez affligé, il joue la comédie.
    Fig. Jouer la douleur, l'homme d'importance, feindre d'être affligé, d'être un homme d'importance.
SÉV.: « Vous ai-je dit comme elle a joué l'affligée ? »
SÉV.: « Vous ne comprendrez combien ce que vous nous avez dit de La Plessis est plaisant, que quand vous saurez qu'il y a un mois qu'elle joue la fièvre quarte »
MONTCRIF: « Ce n'est presque plus le bon air que de certaines frayeurs ; aussi bientôt on ne songera plus à avoir peur des chats »
DUCLOS: « Elle [la politesse exquise] a fait naître à certaines gens l'idée de la grossièreté et la brusquerie pour imiter la franchise, et couvrir leurs desseins »
D'ALEMBERT: « Mme de la Ferté-Imbaut, qui joue la dévotion, mais qui ne joue pas la sottise »
DIDER.: « S'il n'était que vicieux, je n'en désespérerais pas ; mais s'il joue les moeurs et la vertu ! »
BOISSY: « Comment donc ? vous jouez la passion au mieux »

 22   Jouer un rôle, le représenter. Un tel a joué le rôle d'Oreste.
MOL.: « Vous voilà tous bien malades d'avoir un méchant rôle à ! »
    Fig. Jouer un rôle, figurer dans quelque affaire. Il a joué un rôle dans cette misérable intrigue. Tous ceux qui jouèrent un rôle dans cette grande révolution. Il joua un grand rôle dans ces événements.
    Jouer un grand rôle, occuper une grande place dans l'État.
    Absolument. Jouer un rôle, avoir une influence notable dans les affaires, à la cour, etc.
GENLIS: « On fut assuré que Mlle de Hautefort ne ait jamais un rôle, et que l'empire de Mlle de Lafayette était solidement établi »
    Jouer un rôle, se dit quelquefois de choses personnifiées. Le rôle que joue la chimie dans les progrès de l'industrie.
    Jouer le rôle de, agir comme. En ceci il joua le rôle de compère.

 23   Jouer un personnage, le représenter. Jouer les pères nobles, les ingénues. Un tel a joué Oreste.
    Fig.
LA ROCHEFOUC.: « L'orgueil, comme lassé de ses artifices et de ses différentes métamorphoses, après avoir joué tout seul tous les personnages de la comédie humaine, se montre avec un visage naturel et se découvre par sa fierté »
MAINTENON: « Vous êtes sur le théâtre, vous jouez un grand personnage »
    Fig. Jouer un mauvais personnage, un sot personnage, se comporter mal, se comporter sottement.
MOL.: « Enfin, quoi qu'il en soit, témoigner de l'ombrage, C'est en amour un mauvais personnage »
    Jouer un petit personnage, être dans un poste peu honorable, ou avoir peu d'influence, peu d'action.
MOL.: « Que vous jouez au monde un petit personnage ! »

 24   Jouer un conte, un récit, accompagner un conte, un récit d'une sorte de mise en scène, d'une pantomime expressive.
SÉV.: « Coulanges nous joua cela si follement et si plaisamment, qu'autant que cette scène est plate sur le papier, elle était jolie à la voir représenter »
CONDORCET: « Sa gaieté, des saillies piquantes, le talent de conter et même de des contes, de la malice dans le ton avec de la bonté dans le caractère »

 25   Jouer quelqu'un, le tourner en ridicule sur le théâtre, ou autrement.
MOL.: « Cela est bon pour toi ; mais pour moi, je ne veux pas être joué par Molière »
MOL.: « Je pense pourtant, marquis, que c'est toi qu'il joue dans la Critique »
MOL.: « Je le trouve bien plaisant d'aller d'honnêtes gens comme les médecins »
BOILEAU: « Après avoir joué tant d'auteurs différents »
FÉN.: « Aristophane t'a joué [Socrate] sur le théâtre, tu as passé pour un impie, et on t'a fait mourir »
VOLT.: « Cette petite pièce [l'Amour médecin] est d'un meilleur comique que le Mariage forcé ; elle fut accompagnée d'un prologue en musique, qui est l'une des premières compositions de Lulli ; c'est le premier ouvrage dans lequel Molière ait joué les médecins »
    Jouer quelqu'un, le tromper.
MOL.: « Être franc et sincère est mon premier talent ; Je ne sais pas les hommes en parlant »
    Jouer une chose, s'en moquer.
PASC.: « Il y a beaucoup de choses qui méritent d'être moquées et jouées, de peur de leur donner du poids en les combattant sérieusement »

 26   En parlant d'une chose, imiter une autre chose, en avoir l'apparence. Cette étoffe joue la soie.

 27   Se , v. réfl. Se livrer à un divertissement (ici se est un verbe neutre à forme réfléchie, comme s'enfuir, s'écrier, se taire).
BALZ.: « Si on lui baillait des poupées pour se , il ne s'en offenserait pas »
LA FONT.: « Ces deux rivaux un jour ensemble se jouants, Comme il arrive aux jeunes gens »
MOL.: « Que veut dire ceci ? nous nous jouons, je crois »
MOL.: « On n'est point capable de se longtemps, lorsqu'on a dans l'esprit une passion aussi sérieuse que celle que je sens pour vous »
SÉV.: « Voyez comme ces petites filles se jouent rudement »
FÉN.: « Plus il cherche à se innocemment, plus il se trouble et s'amollit »
FÉN.: « On voyait même, dans les pâturages, les loups se au milieu des moutons »
MASS.: « Ce Dieu, c'est celui qui mesure les eaux de la mer dans le creux de sa main ; qui tient entre ses mains les foudres et les tempêtes ; qui dit, et tout est fait ; qui se joue en soutenant l'univers »
VOLT.: « Ils font en se jouant et la paix et la guerre »
    Faire quelque chose en se jouant, faire quelque chose en s'amusant, sans effort.
    Dans le style élevé, se se dit de choses auxquelles on attribue une sorte de dessein de se divertir.
FÉN.: « Les divers canaux qui formaient ces îles semblaient se dans les campagnes »
FÉN.: « Un zéphyr léger se joue dans nos voiles »
BUFF.: « Ce n'est point saisir la touche de la nature que de la considérer ainsi ; les coups de pinceau dont elle se joue à la superficie fugitive des êtres, ne sont point le trait de burin fort et profond dont elle grave à l'intérieur le caractère de l'espèce »
    Se de quelque chose, faire sans peine ce qui pour d'autres semble difficile. Il se joue de toutes les difficultés.
LA BRUY.: « Il y a certaines familles qui, par les lois du monde, doivent être irréconciliables ; les voilà réunies ; et où la religion a échoué quand elle a voulu l'entreprendre, l'intérêt s'en joue et le fait sans peine »
MASS.: « Un Créqui, plus grand le jour de sa défaite que dans les jours de ses triomphes ; un Luxembourg qui semblait se de la victoire »

 28   Se d'une chose, s'en moquer, ne pas la traiter sérieusement, la traiter d'une manière dérisoire.
MOL.: « Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux.... Que ces francs charlatans, que ces dévots de place De qui la sacrilége et trompeuse grimace Abuse impunément et se joue à leur gré De ce qu'ont les mortels de plus saint et sacré »
PASC.: « Mes pères, c'est se des paroles »
SÉV.: « L'autre jour, Madame et Mme de Monaco prirent d'Hacqueville, pour s'en aller courir les rues incognito.... comme Madame n'est point sur le pied d'être galante, elle se joue parfaitement bien de sa dignité »
RAC.: « Avec quelle insolence et quelle cruauté Ils se jouaient tous deux de ma crédulité ! »
FÉN.: « Les dieux, qui se jouent des desseins des hommes, nous réservaient à d'autres dangers »
FÉN.: « Souffrirez-vous, Neptune, disait-elle, que ces impies se jouent de ma puissance ? »
VOLT.: « Peu de traités font mieux voir combien la religion sert de prétexte aux politiques, comme on s'en joue, et comme on la sacrifie dans le besoin »
    Disposer de quelque chose arbitrairement et selon le caprice.
FÉN.: « Vous vous jouiez de la vie des hommes ; vous n'aimiez personne ; qui vouliez-vous qui vous aimât ? »
    Dans le style élevé et poétique, il se dit des choses qui semblent se moquer.
CORN.: « La mort nous les ravit [les biens terrestres], la fortune s'en joue »
BOSSUET: « Allez dans les hôpitaux.... là vous verrez en combien de sortes la maladie se joue de nos corps »
FÉN.: « Semblable à un rocher escarpé qui cache son front dans les nues et qui se joue de la rage des vents »
FÉN.: « Elle sentait toujours je ne sais quoi qui repoussait tous ses efforts et se jouait de ses charmes »
VOLT.: « Je ne peux répondre que de mes sentiments ; la destinée se joue de tout le reste »
LAMART.: « Dans le stérile espoir d'une gloire incertaine, L'homme livre, en passant, au courant qui l'entraîne Un nom de jour en jour dans sa course affaibli ; De ce brillant débris le flot du temps se joue ; De siècle en siècle il flotte, il avance, il échoue Dans les abîmes de l'oubli »

 29   Se de quelqu'un, se moquer de lui. Ne voyez-vous pas qu'on se joue de nous ?
    Se de quelqu'un, en faire un jouet.
ROLLIN: « Ils s'étaient flattés de n'avoir à faire qu'à un roi jeune et sans expérience, et avaient espéré de s'en comme d'un enfant »
    On dit dans un sens analogue : Le chat se joue de la souris qu'il a prise, il feint de la laisser échapper pour la ressaisir aussitôt.
LA FONT.: « Le jeune prince alors se ait de ma muse Comme le chat de la souris »
    Se de quelqu'un, le décevoir, tromper ses desseins, son attente.
FÉN.: « Ô dieux ! est-ce ainsi que vous vous jouez des hommes ? »
    Se de quelqu'un, le tromper en lui donnant de belles paroles. Il m'a longtemps donné des espérances, il se jouait de moi.

 30   Terme de féodalité. Se de son fief, pouvoir le démembrer, et même en vendre une partie, sans qu'il fût rien dû au suzerain, pourvu qu'on retînt la foi entière et quelque droit seigneurial et domanial sur la partie aliénée.

 31   Fig. Se à quelqu'un, l'attaquer inconsidérément.
MOL.: « Ces canailles-là s'osent à moi »
PERRAULT: « Ce pauvre hère, voyant qu'il ne fallait pas se à une ogresse.... »
FÉN.: « Mon père lui montra bien qu'il se jouait à plus fort que lui »
LE SAGE: « Si la considération que j'ai pour la compagnie ne me retenait pas, je vous apprendrais à vous à un homme de ma qualité »
    Il ne faut pas se à son maître, il ne faut pas attaquer ou choquer un plus puissant que soi.
    On dit dans le même sens : se à quelque chose.
SÉV.: « Il ne faut pas se à ce remède [la douche] »
SÉV.: « Il ne se a plus à être malade »
    Ne vous jouez pas à cela, ne vous y jouez pas, ne soyez pas assez fou, assez téméraire pour faire cela, vous vous en repentiriez.
SÉV.: « Pour vous écrire [au comte de Grignan], je suis votre très humble servante, je ne m'y joue pas »
    On dit par forme de menace : jouez-vous-y, qu'il s'y joue.
MOL.: « Jouez-vous-y, je vous en prie ; vous trouverez à qui parler »
DESTOUCHES: « Qu'il s'y joue, il verra »

 32   Se soi-même, se faire à soi même illusion, se tromper soi-même (ici se n'est plus un verbe neutre, mais est un verbe actif à forme réfléchie).
BOSSUET: « Cette pitié qui causait des larmes [au théâtre], cette colère qui enflammait et les yeux et le visage.... n'étaient que des simulacres.... tant il est aisé de nous imposer, tant nous aimons à nous nous-mêmes ! »

 33   Se , être joué, en parlant d'un jeu. Le whist se joue à quatre.
    Fig.
PASC.: « Examinons donc ce point, et disons : Dieu est ou n'est pas ; mais de quel côté pencherons-nous ? la raison n'y peut rien déterminer ; il y a un chaos infini qui nous sépare ; il se joue un jeu, à l'extrémité de cette distance infinie, où il arrivera croix ou pile »

 34   Se , être joué, en parlant d'un instrument de musique, d'un morceau de musique. Ceci se joue à quatre mains. Cet instrument se joue avec la bouche, avec les doigts.

 35   Se , être représenté, en parlant d'une pièce de théâtre. Le Tartuffe se joue ce soir aux Français.

PROVERBE Qui a joué a, c'est-à-dire on ne quitte pas ses vieilles habitudes.
REGNARD: « Quiconque aime, aimera, Et quiconque a joué, toujours joue et a : Certain docteur l'a dit »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. LXX: En Rencesvals [j'] irai mon cors [ma personne] juer
     ib. VIII: As eschez juent pour els esbaneier [se divertir]
    XIIème siècle
     Ronc. 25: N'i a paien qui en joue n'en rie [il n'y a pas payen qui s'en joue et en rie]
    XIIIème siècle
     Berte, II: Qui aloient jouant sur l'erbe qui verdie
     Lai del desiré: Veïr me porrez chescun jor, Ensemble od mei rire et juer
     la Rose, 2190: Amors n'a cure d'omme morne ; C'est maladie moult courtoise, L'en en rit, et jeue et envoise
     ib. 14235: Ce doit moult Venus escuser, Quant voloit de franchise user, Et toutes dames qui se jeuent, Combien que mariage vuent [vouent, font voeu]
JOINV.: « Et il respondirent que il leur sembloit que nous n'avions talent d'estre delivrez, et que il s'en iroient et nous enverroient ceulz qui oient à nous des espées, aussi comme il avoient fait aus autres »
RUTEB.: « Lors est perduz joers et rires »
     Ren. 21269: Bien le poez laissier ester, Fet soi Renart, ge me jooie
BRUN. LATINI: « Espreviers doit estre esleuz de tel maniere que il ait petite teste et les oils [yeux] forniz, et joans et tornans legier sor la main »
    XIVème siècle
     Guesclin. V. 18320: Car qui n'est eüreux en fait ou en parler, Jamais jour à nul gieu ne deveroit
ORESME: « Ceulx qui carolent et dancent ou chantent ensemble, ou qui joient ensemble des instrumens de musique »
DU CANGE: « Thomas Brisoul, par son mauvais engin et faulx decevement, avoit fortraitte Alisette femme de Pierre Picart d'avecques son dit mari et menée hors du païs »
    XVème siècle
FROISS.: « Vous mettez le royaume en votre volenté, et jouez du roi à votre entente »
FROISS.: « Avint que, une fois, ainsi que enfants jeuent et s'esbattent en leurs lits, ils s'entrechangerent leurs cottes »
FROISS.: « Quand le senechal de Hainaut et les autres virent venir celle grosse route [bande]...., ils ent de la retraite, et là seurent chevaux qu'esperons valoient »
FROISS.: « Si que je dy que fortune luy joua moult bien de son jeu, ainsi qu'à mains en ce jour, et a encore »
FROISS.: « Adonc luy dit un Breton qui moult savoit bien de l'arbaleste : voulez-vous que je vous rende mort ce portier et du premier coup ? »
LEROUX DE LINCY: « L'en doit tousjours au moins perdre »
CHASTEL.: « Le due est un prince de hault courage et se fait mauvais juer à luy »
CH. D'ORLÉANS: « Mort de moy ! vous y jouez-vous ? Mon cueur, vous faictes grant folye »
    XVIème siècle
     Lett. de Louis XII, t. IV, p. 161, dans LACURNE: Et, sans eux arrester, ent des talons jusques à Lyon
MONT.: « Le jeu de la constance se joue principalement à porter.... »
MONT.: « Jouer le dernier acte de sa comedie [mourir] »
MONT.: « N'as tu pas veu tuer un de nos roys en se jouant [Henri II] ? »
MONT.: « Ceulx qui disent.... se jouent des paroles [jouent sur les mots] »
MONT.: « Il semble à poinct nommé que la fortune se joue à nous »
MONT.: « Il joua contre luy un soupper »
AMYOT: « Les Gaulois empeschoient que la balance ne jouast librement »
AMYOT: « Le Candiot luy joua un tour de ruze candiote »
AMYOT: « J'ay despit de le voir se ainsi en seureté, et passer son temps parmy nous »
D'AUB.: « Il plaça son artillerie jusques à la faire dans le coeur de l'armée espagnolle »
D'AUB.: « Ils gagnerent le fond des fossez par mines, qu'ils rendirent jusques dessous le rempart, puis les firent »
D'AUB.: « Quant aux munitions de guerre, La Rochelle en aida, mais chichement ; en partie pour ce qu'il couroit un bruit que le comte de Montgommeri en avoit joué »
RAB.: « Fuyr quand il fault des coulteaux »
RAB.: « Il apprint fort bien à dancer, et à de l'espée à deux mains »
LOYSEL: « Le vassal peut demembrer son fief sans s'en dessaisir, ou la main mettre au baston ; qui est ce que l'on dit : se de son fief sans demission de foi »
PASQUIER: « T'avoir cinq ans fait de moy sacrifice, N'avoir de toy le dernier benefice, C'est trop à l'amoureux transi »
OUDIN: « Jouer à la fausse compagnie [s'en aller, s'esquiver] »
H. EST.: « Porter l'espée sur la cuisse, et n'en savoir pas »
LEROUX DE LINCY: « En jouant on perd argent et temps »
DESPORTES: « Quant le vent qui s'y joue [dans une chevelure] »
     Sat. Mén. éd. LABITTE, p. 29: Un roy seul demeure : Les sots sont chassez ; Fortune à cette heure Joue aux pots cassez

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, jower ; bourg. jué ; provenç. jogar ; espagn. jugar ; ital. giuocare ; du lat. jocari, . jocus, jeu.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE JOUER. Ajoutez :

 36   S. m. Le bien , l'action de bien .
MALH.: « Le bien à la paume ne consiste pas en l'esprit »


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Se récréer, se divertir, s'ébattre, folâtrer. "Ces enfants jouent ensemble. Menez-les Ils jouent l'un avec l'autre. Vous jouez un peu rudement, vous m'avez blessé. Ne sauriez-vous sans vous fâcher? Un petit garçon qui joue avec un cheval de bois. Ne jouez pas avec ce pistolet, il est chargé."
Fig., "Jouer avec sa vie, avec sa santé, etc.," N'user d'aucun ménagement pour conserver sa vie, sa santé, etc. On dit aussi quelquefois, "Jouer avec la vie," Ne point la regarder comme une chose sérieuse, et agir en conséquence.
"Ce cheval joue avec son mors," se dit D'un cheval qui mâche son mors avec action.
"Jouer sur le mot, sur les mots," Faire des allusions, des équivoques sur les mots. "Il aime à sur le mot. Ne jouons pas sur les mots, et parlons sérieusement."



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie souvent avec le pronom personnel, dans le même sens. "Cet enfant se joue avec tout ce qu'on lui donne. Les petits chats se jouent avec des balles, avec des boules de papier. Des oiseaux qui se jouent dans le feuillage." Il se dit quelquefois, poétiquement, Des choses. "Un ruisseau qui semble se , qui se joue dans la prairie."
"Faire quelque chose en se jouant," Faire quelque chose en s'amusant, en badinant, sans application et sans peine. "Cet ouvrage aurait paru difficile à tout autre, il l'a fait en se jouant."
"Se de quelque chose," Surmonter, braver sans peine, et comme en se jouant, ce qui, pour d'autres, semble difficile, dangereux, etc. "Ces hommes robustes se jouent des travaux les plus rudes. Il se joue de toutes les difficultés."
Fig., "Se de quelque chose," S'en moquer, le traiter d'une manière frivole ou dérisoire, témoigner qu'on n'en fait point de cas. "C'est un homme sans foi, il se joue de ses engagements. Il ne faut pas se ainsi des lois." Il signifie aussi, Disposer de quelque chose arbitrairement et selon son caprice. "Se de la vie des hommes."
En Jurispr. féodale, on disait qu'"Un seigneur pouvait se de son fief," lorsqu'il lui était permis de le démembrer, et même d'en vendre une partie, sans qu'il fût rien dû au suzerain, pourvu qu'il retînt la foi entière et quelque droit seigneurial et domanial sur la partie aliénée. "Ce seigneur n'avait pas le droit de se de son fief."
Fig., "Se de quelqu'un," Se moquer de lui, le railler adroitement. "Ne voyez-vous pas qu'on se joue de vous? Penserait-il se de moi?" On dit dans un sens analogue, "Ce chat se joue de la souris qu'il a prise, ce tigre se joue de sa proie, etc.," lorsqu'il feint à plusieurs reprises de la laisser échapper, pour la ressaisir aussitôt.
"Se de quelqu'un," signifie aussi, Le décevoir, tromper ses projets, ses conjectures, etc. "La fortune se joue des hommes. La nature semble quelquefois se de la science."
"Se de quelqu'un," signifie encore, Le tromper en lui donnant de belles paroles. "Il m'a longtemps fait des promesses, donné des espérances, il se jouait de moi."
Fig. et fam., "Se à quelqu'un," L'attaquer inconsidérément. "Ne vous jouez pas à lui, il n'entend pas raillerie. Quoi! il a osé se à moi? Il s'est joué à son maître." On dit aussi, "Ne vous jouez pas à cela, ne vous y jouez pas," Ne soyez pas assez fou, assez téméraire pour faire cela, vous vous en repentiriez.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie quelquefois, au figuré, Se mettre en danger de; et, dans cette acception, il est toujours suivi de la préposition "à. Cet homme joue à se faire pendre. Il joue à tout perdre. Vous jouez à vous casser le cou, à vous noyer. Vous jouez à vous perdre."



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Se divertir, s'occuper à un jeu quelconque. "Jouer à colin-maillard, à la main chaude, au roi dépouillé, au propos interrompu, etc. Jouer aux échecs, au trictrac, à la boule, aux cartes, aux dés. Jouer aux barres, à la paume, au volant, au billard, au mail, etc. Jouer à qui fera une chose plus vite, mieux, etc. Jouer à qui perd gagne. Jouer avec quelqu'un. Jouer contre quelqu'un. Jouer deux contre deux. Tirer au sort à qui a le premier. Jouer bien. Jouer mal. Il ne sait pas . Il joue de son mieux. Il joue de son reste. Il joue bien, mais il joue de malheur. Gagner avec un aussi mauvais jeu, c'est de bonheur. Il joue à jeu sûr. Jouer à quitte ou double," ou "Jouer quitte ou double. Aller dans un tripot. On ne donne plus à dans cette maison."
Il se dit quelquefois absolument en parlant De l'habitude de à des jeux de commerce ou de hasard, et se prend ordinairement dans un sens défavorable. "C'est un homme qui joue. Il commence à se ranger, il ne joue plus. Rien ne peut l'empêcher de ."
À certains Jeux de cartes, "Faire ," Nommer la couleur dans laquelle le coup doit être joué. "C'est lui qui fait ." On dit aussi, "Jouer sans prendre," ou simplement "Jouer," et "Faire sans prendre," ou simplement "Faire ," Jouer, obliger l'adversaire à sans écarter et sans prendre de nouvelles cartes. "Jouez-vous? Faites-vous ?"
Au Quadrille et au Tri, "Jouer sans prendre, Jouer sans demander le roi."
Prov. et par exagérat., "Il ait les pieds dans l'eau," se dit D'un joueur déterminé.
Fam. et en plaisantant, "Ne que pour l'honneur," ou activement, "Ne que l'honneur, Jouer sans intéresser le jeu."
Fig. et fam., "Jouer au roi dépouillé," se dit Quand plusieurs personnes sont autour de quelqu'un pour le piller, le ruiner.
Fig. et fam., "Jouer au plus sûr," Choisir de deux expédients celui où il y a le moins de risque, dont les inconvénients paraissent moins grands et le succès plus certain. "Jouer à jeu sûr," Être certain du succès des moyens qu'on emploie dans une affaire.
Fig. et fam., "Jouer au fin, au plus fin," Employer l'adresse, la finesse pour venir à bout de ses desseins.
Fig. et fam., "Jouer de bonheur," Réussir dans une affaire où l'on avait à craindre d'échouer. On dit dans le sens contraire, "Jouer de malheur."
Fig. et fam., "Jouer à quitte ou double," ou "Jouer quitte ou double," Risquer, hasarder tout, pour se tirer d'une mauvaise affaire.
Fig. et fam., "Jouer à qui perd gagne," se dit Lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel.
Fig. et fam., "Jouer de son reste," Prendre un moyen extrême après lequel on n'a plus de ressource. Il signifie aussi, Achever de consumer son bien. "Il a si bien joué de son reste, qu'il en est à l'aumône." Cela se dit encore en parlant Du dernier parti, des dernières ressources qu'on tire de sa place, de sa situation, etc. "Ce ministre joue de son reste. Cette coquette joue de son reste."



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie quelquefois avec le nom de l'espèce de monnaie qu'on met au jeu. "Jouer aux écus, aux louis."
Il s'emploie aussi, à certains Jeux de Cartes, avec le nom de la couleur dans laquelle on joue. "Jouer en carreau, en coeur, en trèfle, etc."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Se servir de l'instrument qui est nécessaire pour à tel ou tel jeu. "Jouer du battoir, au battoir. Jouer avec une raquette. Jouer de masse. Jouer de queue."
"Jouer des gobelets," Faire des tours de passe-passe avec des gobelets. On le dit aussi, figurément et familièrement, D'un fourbe, d'une personne qui cherche à tromper ceux avec qui elle traite.
"Jouer des mains," Badiner avec les mains, se donner des coups l'un à l'autre avec les mains. "C'est une très-mauvaise habitude que de des mains. Ces enfants jouent toujours des mains."
"Jouer de l'espadon, du bâton à deux bouts, etc.," Les manier avec adresse. On dit dans un sens analogue, "Jouer du drapeau."
Fig. et pop., "Jouer des jambes," Courir. On le dit surtout D'une personne qui s'enfuit. "Il se mit aussitôt à des jambes."
Fig. et fam., "Jouer de la prunelle," Jeter des oeillades, faire quelques signes des yeux. Il se dit ordinairement en parlant Des signes qu'un homme et une femme se font l'un à l'autre, quand ils sont d'intelligence.
Fig. et pop., "Jouer des couteaux," Se battre à l'épée.
Fig. et pop., "Jouer de la poche," Tirer de l'argent de sa poche pour payer. "Jouer du pouce," Compter de l'argent pour payer.



7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie, par extension, Se servir d'un instrument de musique, en tirer des sons. "Jouer du violon, de la harpe, de la flûte, du hautbois, etc. Il joue de toutes sortes d'instruments. Il joue sur tous les tons. Il joue dans le goût, dans la manière d'un tel. Faites les violons."



8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Se mouvoir, agir d'une certaine façon. En ce sens, il se dit surtout Des ressorts, des machines, etc. "Ce ressort joue en sens inverse de l'autre. Expliquer la manière dont les pièces d'une machine jouent entre elles."
Il signifie également, Avoir l'aisance et la faculté du mouvement. "Ce ressort joue bien, ne joue point. Cette serrure ne joue pas bien. Faites en sorte que la clef joue mieux dans cette serrure. Cet os ne joue pas comme il faut dans l'emboîture."
Fig., "Faire toutes sortes de ressorts," Employer tout son pouvoir, tous les moyens dont on peut disposer.



9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi Des cascades, des jets d'eau, etc., qu'on lâche pour les faire couler ou jaillir. "On fit les eaux. Les eaux jouèrent tout le jour." Autrefois, on disait activement, dans le même sens: "On joua les eaux. On a joué les eaux."
Il se dit encore D'une mine que l'on fait sauter, d'une pièce d'artillerie, d'un artifice que l'on fait partir, en y mettant le feu. "La mine, le fourneau joua. Quand le canon eut joué. Faites la mine, le canon. Faites les pétards." On dit dans un sens analogue, "Faire une pompe, des pompes," Les faire aller.



10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



s'emploie aussi comme verbe actif, et signifie, Faire, en parlant D'un jeu ou d'une partie de jeu, d'un coup au jeu, etc. "Jouer un jeu. Jouer une partie. Jouer un coup. Jouer une partie de boston. Jouer le piquet. Jouer un cent de piquet. une partie de trictrac. Jouer la partie d'honneur."
À la Paume, "Jouer une balle," Pousser une balle.
"Jouer une carte," Jeter une carte. "Jouer coeur, carreau, etc.," Jouer une carte de ces couleurs.
Au Piquet, "Jouer bien les cartes," Tirer tout le parti possible de ses cartes. "Il écarte bien, mais il joue mal les cartes."
"Jouer le jeu," Jouer suivant les règles du jeu. "Vous ne jouez pas le jeu."
Fig. et fam., "Jouer bien son jeu," Se comporter adroitement en quelque affaire, savoir bien dissimuler pour arriver à ses fins. "Il a bien joué son jeu."
"Jouer un jeu," Le savoir bien , le par préférence, être dans l'usage, dans l'habitude de le . "Quel jeu jouez-vous? est-ce le boston? est-ce le piquet? Je ne joue que le trictrac."



11ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit aussi en parlant De ce que l'on hasarde au jeu. "Jouer gros jeu. Jouer un jeu d'enfer. Jouer petit jeu. Jouer deux louis sur une carte. Jouer tant à la partie. Nous ne jouons que dix sous. C'est un homme qui joue tout. Dès qu'il a quelque chose, il va le ."
Fam., "Il ait jusqu'à sa chemise," Il ait tout ce qu'il a.
Fig. et fam., "Jouer gros jeu," S'engager dans une affaire où l'on hasarde beaucoup pour sa réputation, pour sa fortune, pour sa vie.
Fig., "Jouer sa vie," S'exposer témérairement.
"Jouer quelqu'un," Jouer avec quelqu'un. En ce sens, il ne se dit que dans ces phrases des Jeux de paume et de volant. "Je l'ai joué du battoir. Il me gagne toujours, quoiqu'il me joue par-dessous la jambe, par-dessous jambe."
Fig. et fam., "Jouer quelqu'un par-dessous jambe, par-dessous la jambe," Déranger avec facilité les projets de quelqu'un, et, par supériorité d'esprit ou de conduite, l'amener aux vues que l'on a soi-même. "N'ayez rien à démêler avec lui, il vous ait par-dessous la jambe. Il les a tous joués par-dessous jambe."
Fig., "Jouer quelqu'un," Le tromper, l'abuser. "Il le joue depuis trois ans, en lui faisant espérer cet emploi. Je vois que l'on m'a joué, que je suis joué. Il avait quelque dépit de se voir joué."
Fig. et fam., "Jouer les deux," Tromper deux personnes ou deux parties qui ont des intérêts opposés, en faisant semblant de les servir l'une contre l'autre.
Prov. et fig., "Jouer une pièce, un tour à quelqu'un," Lui faire un tour ou malin ou méchant. "Il a voulu me un tour auprès d'un tel. On lui a joué une pièce sanglante." On dit neutralement, dans le même sens, "Jouer d'un tour à quelqu'un, lui en d'une, lui en d'une bonne. S'il me joue de celui-là, je lui en ai d'un autre."



12ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie en outre, Exécuter un air, un morceau de musique sur un instrument, avec des instruments. "Jouer un air. Jouer une ouverture à grand orchestre. Jouer une contredanse. Jouer un air sur le violon, sur le piano, etc. Écoutez l'air qu'on joue."
Il signifie encore, Représenter, et se dit en parlant soit De la pièce de théâtre qu'on représente, soit Du personnage qu'on est chargé d'y représenter. "Jouer une comédie, une tragédie, une farce. Jouer un personnage, un rôle. Jouer les amoureux, les pères nobles, les ingénues, etc. On a joué Andromaque. Un tel a joué le rôle d'Oreste, a joué Oreste." Absolument: "Ce comédien joue fort bien. C'est la première fois qu'il joue. Etc."
"Jouer la comédie," Exercer la profession de comédien. "Il veut la comédie." Absolument, "Cet acteur a cessé de ."
"Jouer la comédie," signifie, par extension, Faire des actions plaisantes pour exciter à rire; et, figurément, Feindre des sentiments qu'on n'a pas, chercher à paraître ce qu'on n'est pas réellement. "Vous le croyez affligé, il joue la comédie."
Fig., "Jouer la douleur, la surprise, etc.; l'affligé, l'homme d'importance, etc.," Feindre d'être affligé, d'être surpris, d'être un homme d'importance, etc.
Par extension, "Jouer tel rôle," Figurer dans quelque affaire en telle ou telle qualité, ordinairement pour faire ou pour faciliter quelque tromperie. "Le prétendu mariage eut lieu: un tel joua le rôle de prêtre, et deux valets du séducteur celui de témoins."
Fig., "Jouer un rôle," Figurer dans quelque affaire, dans certains événements, y prendre part, soit à son avantage, soit d'une manière fâcheuse, avilissante, etc. "Il vit bien qu'il jouait le rôle de dupe. Il y a joué un sot rôle, un fort mauvais rôle. Tous ceux qui jouèrent un rôle dans cette grande révolution. Il joua un grand rôle dans ces événements." On le dit quelquefois De choses personnifiées. "Le rôle que joue la mémoire dans les opérations de l'entendement." On dit aussi, mais seulement en parlant Des personnes, "Jouer un mauvais personnage, un sot personnage, etc."
"Jouer un grand rôle," signifie quelquefois, plus particulièrement, Faire une grande figure, occuper une grande place dans l'État. On dit, par opposition, "Jouer un petit personnage," Être dans un poste peu honorable, ou Avoir peu d'influence dans une affaire.



13ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Railler quelqu'un, le tourner en ridicule sur le théâtre. "C'est un tel qu'on a joué dans cette pièce, sous un nom emprunté. Molière a joué les faux dévots."



14ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit encore D'une chose qui en imite une autre, qui en a l'apparence. "Ce papier joue le velours. Cette étoffe joue la soie. Cette composition joue le diamant."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

JOUET, s. m. JOUEUR, EûSE, s. m. et f. ["Jou-é", "jou-è;" "jou-eur", "eû-ze:" 2e "é" fer. au 1er, "è" moy. au 2d, lon. au dern.] Au futur, "Jouer" n'a que deux syllabes: je "jouerai", il "joueroit". Pron. "joûré", "joûrè:"
   Quelques arbres épars "joueront" dans les clarières.
       "De Lille": Jardins.
  Savent si bien leur rôle, et "joûront" si bien
  Qu'à cette Comédie il ne manquera rien.
       "Destouches".
"Jouer", 1°. Se récréer, se divertir. Il se dit ou sans régime. 'Ces enfans "joûent" ensemble; ils "joûent" l'un "avec" l'aûtre; ou avec le pron. pers. 'Cet enfant "se joûe avec" tout ce qu'on lui done.
- 2°. "Se " a plusieurs sens: "se de" quelque chôse, "ou", la faire "en se jouant", sans peine et avec facilité. = "Se de..." mépriser. '"Se de" la Religion, "des" Lois.
- Se moquer":" Les Dieux "se jouent des" desseins des Hommes. "Télém." 'La fortune "se joûe" des ambitieux; il "se joûe de" vous.
- "Se dans", badiner, folâtrer. 'La douce haleine des Zéphirs, qui semblaient "se dans" les rameaux des arbres.
- "Se à" avec l'infinitif; s' exposer à... 'Vous "vous jouez à" vous "casser" le cou.
- S'amuser à... * "La Bruyère" dit, mais mal, "se de": 'Celui, qui a fait les arbres, et qui "se joûe de" (à) les "faire mouvoir".
- 3°. "Jouer", actif; tromper: 'On "le joûe" (le Prince) à force de le respecter. "Massill:" 'J'aurai l'air "d'être joué", et je "le serai" peut-être en effet. "Marm."
- Râiller, rendre ridicule. 'Molière "a joué les" Marquis, "les" Précieuses ridicules, etc.
- Contrefaire. '"Jouer" l'homme de bien pour parvenir. "Massill."
- "Jouer la Comédie"; feindre ce qu'on ne sent pas.
- "Jouer son jeu", agir conformément à ses intérêts. Voy. JEU, etc.
- 4°. "Jouer", neutre, avec la prép. à; se divertir à des jeux, qui ont leurs règles. '"Jouer aux" Échecs, "au" trictrac, au piquet, etc.
- Avec la prép. "de": '"Jouer du" violon, "de" la basse, "du" haut-bois.
- Et avec le régime direct (l'acusatif) " un" menuet: " un air sur" le violon, etc. Pour la "trompette", on dit, plus correctement, "sonner" que "jouer".
- 5°. En parlant des chôses d'arts, avoir l'aisance et la faculté du moûvement. 'Ce ressort "joûe" bien. 'Cette serrûre ne "joûe" pas bien.
- "Faire le" canon, "une" mine.
- "Faire " les eaux. 'Les eaux "jouèrent" tout le jour; on les avait lâchées, elles coulaient ou jaillissaient.
   On dit, en style "proverbial" et familier, " de malheur", avoir du guignon";" être malheureux au jeu, et par extension à toute aûtre chôse.
- "Se à son maître", ataquer un plus puissant que soi.
- "Jouer les deux"; tromper les deux partis.
- "Jouer au plus sûr", prendre le parti où il y a le moins de risque.
- "Jouer du pouce", doner de l'argent.
- "Jouer de son reste", faire les derniers efforts.
   JOUET, au "propre", ce que l' on done aux enfans pour les amuser, dont ils "se joûent". 'Acheter "des jouets" à un enfant: 'Cela "lui sert de jouet". = Chôses, dont les animaux se joûent. 'Tout "sert de jouet à" un jeune chat, "à" un jeune chien. = "Fig." 'Le vaisseau devient alors "le jouet des" vents et "des" flots. 'Il est "le jouet de" la fortune, "de" ses passions. 'On se moquait de mon inocence: ma retenûe et ma pudeur "servaient de jouet à" ces peuples effrontés. "Télém."
   Misérables "jouets de" notre vanité.
       "Boileau".
  Triste "jouet d'un" sort impitoyable.
      "Racine".
  JOUEUR, EûSE, celui qui joûe à quelque jeu. '"Joueur de" paume, "de" boule. Bon ou mauvais "joueur". 'La Salle était remplie de "joueurs" et de "joueûses". = Qui a la passion du jeu, qui fait métier de . 'C'est "un joueur", "une joueûse". = "Beau joueur", qui a des procédés honêtes au jeu, soit qu'il gâgne ou qu'il perde; qui n'est ni insolent dans le gain, ni inquiet dans la perte. "Mauvais" ou "vilain joueur" est tout le contraire. = "Joueur d'instrument". 'Un bon "joueur de" violon. '"Une" bone "joueûse de" Harpe. = "Joueur de gobelets", escamoteur.




Emplacement dans le dictionnaire :

joualle
joualle
joubarbe
joûe
joue
jouë
joué
jouée
jouelle

jouër
jouer à croix et à pile
jouer au vert
jouet
jouette
joueur
joufflu
joug
jouillères ou jouières
jouir
jouïr




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...conscience du néant des néants, de la poussière des poussières. Tandis que, pour ma mère, j'ai presque gardé intactes mes croyances d'autrefois. Il me semble encore que, quand j'aurai fini de jouer en ce monde mon bout de rôle misérable ; fini de courir, par tous les chemins non battus, après l'impossible ; fini d'amuser les gens avec mes fatigues et mes angoisses, j'irai me reposer quelque...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...encore gracieuse, que je revois le plus souvent enveloppée d'un châle de cachemire rouge et coiffée d'un bonnet de l'ancien temps à grandes coques de ruban vert. Sa chambre, où j'aimais venir jouer parce qu'il y avait de l'espace et qu'il y faisait soleil toute l'année, était d'une simplicité de presbytère campagnard : des meubles du directoire en noyer ciré, le grand lit drapé d'une épaisse...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...a fallu que je devinsse presque un jeune homme pour pardonner à son père et à sa mère les humiliations que j'en avais ressenties. Il en résultait pour moi un désir d'autant plus grand d'être admis à jouer avec elle. Et elle, alors, sentant cela, faisait sa petite princesse inaccessible de contes de fées ; raillait impitoyablement mes timidités, mes gaucheries de maintien, mes entrées manquées dans...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...des jeux bruyants et des fous rires ; à mes heures de conscience plus particulièrement troublée, n'osant pas affronter le regard de mes parents, c'était avec les bonnes que je me réfugiais, pour jouer à la paume, sauter à la corde, faire tapage. Il y avait bien deux ou trois ans que j'avais cessé de parler de ma vocation religieuse et je comprenais à présent combien tout cela était fini,...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...là vivaient depuis leur enfance sur ces mers froides, au milieu de leurs fantasmagories qui sont vagues et troubles comme des visions. Tout cet infini changeant, ils avaient coutume de le voir jouer autour de leur étroite maison de planches, et leurs yeux y étaient habitués autant que ceux des grands oiseaux du large. Le navire se balançait lentement sur place, en rendant toujours sa même...


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